Rareté vs Abondance : le cas de l'eau

Fleuve_River sf - Darspec

Saviez-vous qu'au Québec, nous consommons environ deux fois plus d'eau potable que les Européens? Nous avons grandi avec la perception que l'eau est une ressource infinie et gratuite, naturellement, puisque 3 % de la réserve d'eau douce renouvelable de la planète se trouve ici1. Par ailleurs, l'eau potable est facilement accessible pour un large éventail d'usages quotidiens, qu'il s'agisse des robinets et des douches, des toilettes, des tuyaux d'arrosage, etc.

En 2021, le volume moyen d'eau potable distribué par habitant québécois desservi a été établi à 513 litres par jour, soit la deuxième province du Canada, après Terre-Neuve-Et-Labrador, qui consomme le plus d'eau potable2.

Pour leur part, les Européens font face à des sécheresses importantes et à une disponibilité d'eau potable limitée. Notre culture d'abondance est à l'opposé de celle de l'Europe, qui prône davantage la préservation. Cette situation soulève la question suivante : que font les Européens pour minimiser leur consommation? Et surtout, est-ce que certaines de ces pratiques pourraient inspirer le Québec?

Compteur d'eau_Water meter - Darspec

Tarification et compteurs d'eau

Les compteurs d'eau sont une excellente manière de connaître la consommation des différents bâtiments, mais surtout efficaces pour détecter les anomalies lors de fuites. Ils sont rarement installés au niveau résidentiel ici au Québec, soit seulement 14% des immeubles.3 Ils sont davantage présents pour la gestion des infrastructures du réseau d'eau et pour sensibiliser les gens à leurs habitudes de consommation. Certaines municipalités ont tout de même pris l'initiative d'en installer au niveau résidentiel afin de facturer les excès de consommation; cependant, ce n'est pas une pratique commune. Les coûts liés au traitement de l'eau potable sont généralement facturés par l'entremise des taxes municipales.

Au contraire, en Europe, l’utilisation de compteurs d’eau résidentiels pour facturer les citoyens en fonction du volume consommé ($/m³) est très courant4. Les gens sont donc beaucoup plus conscients des abus de consommation, puisque c'est à leurs frais.

Réutilisation des eaux usées traitées

L'agriculture nécessite de grands prélèvements d'eau, soit en moyenne autour de 22 % des volumes totaux5. Pour l'irrigation agricole, l'Union européenne a investi massivement dans le développement de la réutilisation des eaux usées traitées provenant des stations d'épuration afin de faire face à la pression croissante sur les ressources en eau. Bien qu'en moyenne seulement 2,4 % de cette eau soit réutilisée par l'ensemble de l'UE depuis son déploiement, certains pays comme Chypre réutilisent jusqu'à 89 % de l'eau usée6. Cette pratique varie en fonction du climat et de la rareté de l'eau.

Au Québec, la réutilisation de l'eau usée traitée est très encadrée et les exigences en matière de salubrité sont très élevées. L'abondance d'eau et les coûts majeurs d'investissement nécessaires à l'adaptation des infrastructures de traitement de l'eau, sans mentionner les risques sanitaires, expliquent le refus d'adoption de cette pratique. Le Québec a tout de même d’autres méthodes pour réduire la consommation d'eau potable, comme la récupération de l'eau de pluie.

Irrigation agricole_Agricultural irrigation - Darspec
Union Européenne_European Union - Darspec

En somme, l'Europe est-elle donc réellement meilleure en matière de consommation? Pas nécessairement : la différence repose majoritairement sur la pression des ressources et le climat des deux endroits. L'Europe a mis en place certaines mesures parce qu'elle n'avait pas le choix, compte tenu de la demande en eau et sa disponibilité.

Le Québec n'est pas complètement dépourvu de solutions ou de mesures, mais le gouvernement pourrait tout de même adapter certaines de ces pratiques ou les rendre obligatoires afin qu'elles soient adoptées massivement. Encourager les municipalités à installer des compteurs d'eau résidentiels et à utiliser la tarification volumétrique afin de conscientiser les gens au gaspillage serait un bon départ. Il est encore temps de changer cette perception d'abondance et réduire le gaspillage avant qu’il ne soit trop tard!

Références

1. Ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs. (s. d.). L’eau au Québec : une ressource à protéger. Gouvernement du Québec. https://www.environnement.gouv.qc.ca/eau/inter.htm

2. Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec. (2026, mars). Étude sur le sous-financement des infrastructures d’eau au Québec : Rapport final. https://media.apchq.com/Uy6TyENnTpe0f7bqmmYTkA/apchq_etude_infra_2026-03 19c.pdf

3. Pensez bleu. (2025, 25 août). Démystifier les compteurs d’eau. https://pensezbleu.com/2025/08/25/demystifier-les-compteurs-deau/

4. Onillon, A., & Fribourg-Blanc, B. (2023, mars). Les modèles économiques de gestion et de tarification de l’eau en Europe : Synthèse. Office International de l’Eau. https://www.europaong.eu/wp-content/uploads/2023/06/Gestion-et-tarification-de leau_SYNTHESE-2023.pdf

5. Initiatives pour l’Avenir des Grands Fleuves. (2020, 22 mai). Europe : vers l’utilisation des eaux usées traitées pour l’irrigation. https://www.initiativesfleuves.org/actualites/europe-vers lutilisation-eaux-usees-traitees-lirrigation/

6. Représentation en France. (2023, 26 juin). Nouvelles normes européennes pour l’utilisation des eaux usées traitées en agriculture. Commission européenne. https://france.representation.ec.europa.eu/informations-et evenements/informations/nouvelles-normes-europeennes-pour-lutilisation-des-eaux-usees traitees-en-agriculture-2023-06-26_fr

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